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Arthur de Pins : entre amazones et zombis

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Interview d'Arthur de Pins.
Propos recueillis par Julie Cadilhac - Bscnews.fr / illustrations : Arthur de Pins. Pulpeuses, colorées et pétillantes, les girls d'Arthur de Pins ne sont plus à présenter... Parées de folie pimpante et d'espièglerie coquine, elles électrisent les planches avec une pêche piquante à souhait. C'est aujourd'hui avec des monstres moins sexy mais tout aussi diablement drôles que le dessinateur s'octroie, dans Zombillénium,  une aventure trépidante dans un parc d'attractions peu commun. Singulier autant que sympathique, Arthur de Pins devrait vous séduire autant que ses amazones contemporaines. Une interview à siroter au soleil!

péchés mignonsPeut-on dire que vos sujets sont résolument féminins? Arthur de Pins aurait-il pu être une femme?
J'ai démarré, il y a six-sept ans,  dans un magazine qui s'appelait Max et qui était plutôt destiné aux garçons et puis j'ai été embarqué dans l'aventure Fluide Glacial et  le ton que j'ai choisi n'était pas tout à fait le même que ce que l'on pouvait trouver habituellement à l'époque dans Fluide. J'ai fait les deux premiers tomes tout seul et pour le troisième, j'ai fait appel à Maïa Mazaurette, qui elle est une femme, pour faire les scénarios et quant au quatrième qui va sortir bientôt, on a écrit les scénarios à deux.

Une touche d'érotisme qui cible un public féminin?
C'est vrai que ce n'est pas véritablement une BD érotique pour hommes - il n'y a pas de grandes blondes d'un mètre 90 avec une énorme poitrine mais ce n'est pas vraiment une BD érotique dans le sens qu'on achète pour se rincer l'oeil, c'est plutôt l'occasion de raconter des histoires de couples, de célibataires, de sexualité.
Vos chutes sont espiègles et drôles : souhaitiez-vous ajouter à l'érotisme la note humoristique qui lui manque souvent?
Ce qui est amusant, c'est que depuis la sortie de l'album érotique l'an dernier de ZEP, il y a beaucoup de journalistes qui m'ont interviewé par la même occasion et de mon côté, personnellement, je ne connais pas vraiment l'histoire de la BD érotique, évidemment je connais Manara et d'autres Bds érotiques des années 70 -80 mais elles n'ont pas du tout le même objectif que moi : ce sont des bandes dessinées dédiées aux hommes; l'objectif est d'exciter le lecteur et il n'y a pas vraiment de composantes humoristiques. Au cours de mes études d'illustration, j'étudiais soit le dessin pour enfants, soit le dessin de presse mais  lorsque j'ai commencé à faire des couvertures de bouquins érotiques un peu rigolos, l'éditrice m'a expliqué que j'étais le seul à en faire et c'est vrai que dans les années 90, il y a eu un black out du dessin érotique en général. Alors j'emprunte à des dessinateurs comme Kiraz qui font à la fois du dessin sexy et humoristique. Niveau érotique, ce que je fais est très soft, c'est juste coquin. Dans chacun des Péchés Mignons, il n'y a qu'un tiers des planches où les personnages sont nus et ça ne parle pas que de sexe d'ailleurs. C'est une façon rigolote de représenter la sexualité avec des personnages mignons.

Pourquoi avoir opté pour la rondeur? Est-ce que les formes siéent davantage à votre trait ou est-ce une volonté de s'opposer au cliché idéal de la femme mince?péchés mignons 4
Ces personnages un peu ronds, je les ai créés il y a une dizaine d'années pour mon premier boulot : je travaillais pour une société de jeux vidéos et à l'époque on créait un jeu sur Internet - il n'y avait pas encore l'ADSL donc le jeu tenait dans une toute petite fenêtre.  Mon rôle était de créer des personnages, des tribus et, parmi elles, j'avais créé une tribu d'amazones avec des petites femmes un peu rondes. Rondes aussi parce qu'il fallait qu'elles tiennent dans un petit carré sur l'écran et il fallait grossir les traits, grossir la tête etc...amazones qui, d'ailleurs, n'ont pas été retenues mais qui plaisaient beaucoup à mes collègues masculins!
De plus, j'ai toujours aimé dessiner les femmes rondes. C'est le même principe que Betty Boop - c'est vrai que je la cite souvent comme référence - grosse tête, grosses hanches, gros yeux - mais elle est pour moi une manière de représenter la féminité. Certes, il m'arrive de temps en temps de dessiner des femmes minces, avec des proportions plus réalistes mais l'avantage de ces personnages ronds, c'est qu'en contrepartie on peut aborder des thèmes plus trash; c'est surtout le cas dans les deux derniers albums de Péchés Mignons - les personnages n'ont aucune moralité, ils peuvent se bourrer la gueule dans les bars, se taper une personne différente à chaque planche mais justement leur côté mignon fait que..ça passe, ça décomplexe un peu les gens, quoi.

Ce qui créé l'humour, ce sont les contradictions des personnages? Dans Péchés Mignons 3, par exemple, Clara est castratrice et sexuellement libérée et en même temps on sent bien qu'elle aimerait trouver, au fond, le prince charmant...
Tout à fait. C'est comme le héros qui s'appelle Arthur - je tiens à préciser que ce n'est pas moi qui l'ait nommé ainsi, c'était l'ancien rédacteur en chef du magazine pour me faire une blague et ça crée toujours une espèce de confusion - c'était donc déjà le cas avec Arthur. Pour le personnage de Clara, au début, je voulais faire le scénario moi-même, il fallait que ce soit une croqueuse d'hommes et j'ai commencé à écrire quelques scénarios dans l'album mais je ne me sentais pas à l'aise - peut-être tout simplement parce que je ne suis pas une femme et c'est à ce moment-là que j'ai rencontré Maïa Mazaurette, qui est journaliste et qui écrit des ouvrages sur la sexualité et qui anime un blog assez lu sur Internet; j'ai apprécié son style, elle a tout a fait pigé l'esprit ; elle a fait un personnage qui a des contradictions . A la fois, Clara aime les hommes mais au fond d'elle-même, elle rêve du grand amour , même si elle ne se l'avoue pas et qu'elle va continuer à faire n'importe quoi.

Vous vous adonnez aussi au film d'animation...
En fait l'animation, c'est ce que je faisais à la base. J'ai fait plusieurs courts métrages et après j'ai un peu arrêté, parce que faire un court métrage d'animation, ça prend beaucoup de temps et que, même si c'est passionnant à faire, ça peut prendre un, deux ou trois ans et j'ai réalisé que ,pendant ce laps de temps, il est possible de faire cinq ou six BDs. Or la BD permet de raconter plus de choses, on dit souvent d'ailleurs que la BD, c'est le cinéma du pauvre. Faire un court-métrage, c'est trouver des producteurs, des financements, avoir de nombreux interlocuteurs,il y a plein d'allers retours, il faut constituer une équipe, ce n'est pas très spontané...et parfois certains commencent des films et, au bout de deux ans, ils ne sont déjà plus dedans alors qu'une BD nécessite simplement un éditeur : Boum un matin on s'y met et c'est beaucoup plus direct entre l'idée et le moment de lecture. C'est pour ça que je m'oriente plus vers la BD et d'ailleurs en novembre, sortira aussi une adaptation BD du dessin animé des crabes parce que j'ai prévu de faire une suite et j'ai décidé de la faire en BD.
Autre avantage de la BD: le support soulève beaucoup moins de tabous et ce qui est agréable, c'est qu'on peut passer d'un éditeur à l'autre et donc d'un public à un autre,  au gré de ses envies.

Zombillénium - interview d'arthur de pinsDans Zombillénium, il y a un fil directeur, une continuité narrative que l'on ne trouvait pas dans Péchés mignons...
Oui, là, ça change, déjà puisque Zombillénium,  c'est tout public, ça paraît dans Spirou. Il y a un côté un peu cynique, un peu noir et l'enjeu n'est pas du tout le même. C'est une série qui paraît dans le magazine, donc il faut trouver à chaque fois une sorte de rebond à la fin de chaque série de quatre planches.

Spirou et Fluide Glacial ne posent pas les mêmes contraintes?
La contrainte, chez Fluide Glacial, c'est qu'il faut être drôle, l'autre contrainte, c'est que, contrairement à Spirou, ils ne peuvent pas éditer d'histoire longue donc il faut que chaque planche se suffise à elle-même. Ces deux contraintes ne sont pas forcément évidentes parce qu'on finit par tourner en rond, surtout là, vis à vis d'une thème qui a été beaucoup exploité, la sexualité, et c'est dur de ne pas retomber dans les mêmes blagues. Alors que Zombillénium offre un univers qui est une porte ouverte à pleins de possibilités.

D'où est né Zombillénium et ses zombies? Est-ce parce que vous étiez las de brosser le quotidien?
Dans Péchés Mignons, on évoque le quotidien....même si tout ce qui arrive dedans n'est pas autobiographique! ( rires) ; j'y aborde la sexualité et des préoccupations que j'avais entre vingt et vingt-cinq ans. Après d'autres problématiques se sont greffées mais un trentenaire commence à avoir dans son entourage des amis qui ont des gamins, qui sont mariés et donc il n'a plus les mêmes problématiques ....et je sentais que ça commençait un peu à s'épuiser. Et puis, en même temps, j'ai toujours aimé le fantastique et depuis le lycée, j'avais envie de faire une grande saga avec des monstres et un jour,  le rédac chef de Spirou m'avait demandé de faire une couverture pour Halloween et le résultat lui avait plu et c'est là qu'on lui a proposé de faire une série à partir des personnages que j'avais dessinés sur la couverture. Après j'ai commencé à développer l'univers, avec le parc d'attractions , le décor, le graphisme et je m'éclate à faire quelque chose dont j'avais envie depuis longtemps. J'y mélange le fantastique et un côté un peu réaliste : le paysage industriel, le côté très "corporate" de la hiérarchie de travail avec le patron, le DRH, les employés.. donc j'aborde à la fois le côté onirique et le côté "vie de tous les jours" représenté par le monde de l'entreprise. J'ai toujours besoin d'avoir un pied dans la réalité et c'est ce décalage que je trouve amusant.
Il y a des monstres mais ils vivent comme nous, ils ont les mêmes problèmes que nous mais le but de Zombillénium n'est pas , avant tout, d'être humoristique, c'est  une BD d'aventures. Le Tome I, c'est juste l'exposition, l'occasion de planter le décor et les personnages dont deux/ trois personnages qu'on reverra au fil des albums et chaque album va se centrer sur un des ces personnages, le premier c'est Gretchen et aussi Aurélien qui sert d'introduction au parc puisqu'on suit son parcours. Tout est basé sur les rapports entre les personnages, même si les personnages ne sont pas très démonstratifs et qu'il n'y a pas d'explosion de sentiments à la fin, ça reste...

... plus pudique?
C'est vrai que c'est finalement l'inverse de Péchés Mignons où l'on voyait le sexe tout le temps. Là, il y a juste quelques petites allusions. D'abord parce que ça paraît dans Spirou mais aussi parce que je voulais qu'il y ait une certaine froideur, que les personnages soient un peu réservés..le guide du rateau - Arthur de pins

Des albums en préparation?
J'ai déjà commencé le Tome 2 de Zombillénium qui sortira dans un an et puis je vais travailler sur le tome 2 de la bande dessinée des crabes : le tome 1 qui sort en novembre reprend les mêmes idées que le court métrage, le tome 2 raconte par la suite ce qu'il se passe lorsque le petit crabe a changé de direction.

Après avoir peint les déboires des célibataires, le projet de caricaturer ceux des couples?
Oui, pourquoi pas! Je l'avais déjà un peu abordé dans le tome 2 mais là, pour le coup, il y a d'autres bandes dessinées de talent dont Max et Nina de Dodo et Ben Radis, qui paraissait dans l'Echo des Savanes,une BD où les personnages ont des têtes d'animaux: dans le tome 1, c'étaient les déboires sexuels, dans le tome 2, ils sont en couple et ainsi de suite jusqu'au mariage et aux enfants. Dans Péchés Mignons, on n'ira pas jusqu'au bébé, ça coincerait au niveau des proportions puisque les personnages eux-mêmes ont un peu des proportions de bébé et puis, je pense que les histoires marrantes sont plutôt à chercher du côté de la période célibataire que de la période du couple.

geisha - arthur de pinsPour finir, quelles références picturales et humoristiques ont influencé le trait d'Arthur de Pins?
Au niveau du graphisme, ma grande référence, c'est Kiraz, la seconde, c'est Monsieur Z qui est un ami  illustrateur, premier à avoir utilisé le logiciel dont je me sers et qui se nomme Illustrator : logiciel de dessins sur ordinateur, assez particulier puisqu'il s'agit de dessiner des formes, de les découper et de les disposer les unes par rapport aux autres et qui permet aussi de dessiner sans avoir à tracer de trait autour de la couleur. C'est en découvrant son travail que j'ai décidé d'utiliser le même logiciel.
Ce sont des références dans l'illustration ,pas dans la BD. Il y a beaucoup d'illustrateurs de BDs que j'apprécie mais je n'ai pas pioché mes références dans leur travail et dans la BD de façon générale. J'ai plutôt essayé de m'en éloigner car ,comme le disaient mes profs quand j'étais étudiant, la BD est vraiment une usine à gaz, il y a beaucoup trop d'auteurs qui apprennent à dessiner en lisant des BDs plutôt qu'en essayant de trouver eux-mêmes leur style.
Au niveau de l'humour, il est compliqué de citer quelqu'un de précis. Dans les années 90, je lisais beaucoup l'Echo des savanes, j'ai beaucoup lu notamment Martin Veyron ou  la Bd Max et Nina dont j'ai déjà parlé.

Barcelone : Jorge Gonzalez et l'Argentine

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Jorge Gonzalez - BandonéonPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr / Interview  de Jorge Gonzalez - Traduction : Mar Arregui-Oto Bresson.
Un matin, un oui enthousiaste résonne depuis l'Espagne et vous sentez qu'un air de vacances s'empare doucement de votre messagerie. C'est Jorge Gonzalez qui acquiesce, c'est Barcelone qui encadre vos rêveries d'évasion. Sí para la entrevista d'un argentin exilé, dessinateur de BD aux doigts de peintre et aux mots de poète. Oui, pour parler d'un roman graphique prenant et passionnant, Bandonéon,  qui en appelle un autre, Dear Patagonia  qui sortira bientôt. Etrange expérience que cette interview comme une mise en abîme de l'ouvrage dans la réalité car nécessité d'une traductrice pour des mots étrangers malgré une langue universelle, celle de l'art, du talent et d'une envie d'échanger et de partager. Jorge Gonzalez a signé avec Bandonéon une oeuvre polyphonique vibrante. On y trouve de soi, des autres, de l'ailleurs et de l'intrinsèque. A découvrir ABSOLUMENT.

Bonjour Jorge, Bandonéon comporte deux parties distinctes: "Bandonéon" et "Juste comme ça". Dans quelle mesure peut-on dire que "Juste pour ça"  a sublimé, en quelque sorte, le récit que vous aviez entrepris dans la première partie?
Les personnages de la première partie « Bandonéon » ne vivent que dans leur présent, ils n’ont pas le recul qui marque le passage du temps et qui leur permettrait d’être plus « auto-conscients ». Ils ne peuvent réfléchir et se voir comme les participants d’une époque ou comme une charnière importante dans l’histoire sociopolitique de l’Argentine.
Il est de même pour leurs sentiments, ceux liés à l’étonnement, à l’exil et à la mélancolie, qui se développent petit à petit sans que les personnages en soient conscients. Il m’était nécessaire de raconter ces vides importants qui apparaissent dans la Bandonéonfiction et la meilleure manière que j’ai trouvée était de parler des vides de ma propre vie dans « Juste comme ça ». Je partage l’expérience de l’émigration bien que les époques soient très différentes. Je pense que les deux parties du livre racontent ce qu’elles doivent raconter, elles sont « fermées » mais sont associées et complémentaires.

Comment expliquer le plaisir du lecteur pour cette deuxième partie?
J’ai rencontré des gens qui l’ont beaucoup aimé et d’autres pas du tout. Je sais seulement que j’avais besoin de la faire. Je cherchais quelque chose de plus frais, comme une prise de notes, où je puisse parler davantage avec les mots qu’avec le dessin, contrairement à la première partie. Il y a des gens qui n’ont pas aimé et je peux le comprendre, soit à cause du dessin, du thème ou parce qu’ils la jugeaient inutile. Je pense aussi qu’il y a  des côtés personnels  qui s’ils ne vous accrochent pas immédiatement ne vous toucheront pas.

Ce "Juste comme ça" est le journal de bord d'un retour au pays. Aviez-vous envisagé dès le départ de le faire éditer?
Tous les jours j’écris et je dessine ce que je ressens, parfois un mot en amène un autre ou amène une image. Beaucoup de choses que je conserve sont un récit  en soi ou offrent la possibilité de s’associer à d‘autres qui apparaissent au fur et à mesure.  La volonté de réaliser « Juste comme ça » est préalable à l’origine du livre. Quelques unes de ses pages sont des questions et des dessins sur des thèmes dont j’avais envie de parler. Maintenant je me rends compte qu’ils étaient le point de départ de la première partie.

On y trouve des passages profondément poétiques et philosophiques: sont-ce des genres auxquels vous vous adonnez régulièrement ? Diriez-vous que le dessin et la poésie ont de nombreux points communs dont, notamment, la nécessité de brièveté ?
Certains dessins ou  tableaux évoquent un nombre infini de sensations et certains films intérieurs, seulement avec leur présence statique…réussissent à « nous transporter ». Il en va de même avec la poésie. La combinaison de dessins et de mots est très Bandonéoncomplexe et bien souvent le résultat final perd de son intensité. Lorsque vous êtes à l’intérieur d’une histoire, il vous est très difficile d’obtenir l’objectivité nécessaire pour que chaque genre bénéficie du maximum d’énergie.

Il semble y avoir une volonté de brosser deux portraits de l'exil: celui de vos personnages de fiction et le vôtre. Quels points communs avez-vous avec ces personnages? Quelles différences notables?
Une fois j’ai entendu Borges dire que « nous avons en nous des multitudes de personnalités ». Dans le livre il y en a beaucoup de mes « multitudes ». Chacune d’entre elles interroge et cherche la manière de « s’expliquer » au mieux en provoquant même de nouvelles questions. C’est là que se situe la fiction qui se déroule dans le passé. J’essaie de me placer dans cet espace que je connais seulement par ouï-dire, par les livres, les films et la musique…Comment parlaient-ils, marchaient-ils,  respiraient-ils ?
La deuxième partie est plus directe et personnelle, il n’y a pas de raccourci et je frôle à peine la fiction. Il s’agit de poser des questions à partir de ce que je connais, à partir de ma propre expérience, sans pudeur ni peur du ridicule. Je cherche à comprendre mes vides.

La première partie est-elle à lire comme une catharsis en mots et en couleurs des désillusions et des difficultés de l'exil ? Le portrait d'une fratrie et ses déboires? Y-avait-il délibérément le dessein de laisser le paysage politique en arrière-plan?
Tout le monde traîne derrière lui, d’une façon consciente ou inconsciente, le paysage politique…nous sommes des êtres politiques. Chaque personnage a sa propre vie, il la vie. Je préfère me concentrer là-dessus bien que par moments leur présent politique soit insinué. Il n’y a pas la volonté d’en parler directement mais de rendre « évident » que le paysage politique est présent comme un bruit de fond et détermine sur des nombreux points leurs actions et leurs réflexions.

Vos mots et vos dessins sont imprégnés de nostalgie, l'édition des lettres de vos parents et de leurs souvenirs Bandonéon s'ajoutent à cette idée: la nostalgie est-elle la maladie inéluctable de ceux qui ont quitté leur patrie? Bandonéon exprime-t-il une autre nostalgie? Celle d'une époque  révolue, d'une époque meilleure où tout était plus simple?
La nostalgie provoquée par le vide du chemin qu’on laisse de côté pour en emprunter un autre est un espace dur à porter. Il se produit la même chose avec « Bandonéon ». Le vide nostalgique est aussi complexe pour celui qui préfère rester immobile, sans prendre des risques pour obtenir ce qu’il souhaite. Ce vide est un aimant permanent  qui, tout en perdant de sa force avec le temps, a la séduction de la vie possible qu’on refuse de vivre. Cela engendre de la mélancolie. Le « porteño »(1) (moi inclus) vit toujours entouré d’une nostalgie, d’une mélancolie parfois insupportable. Nous aimons désirer le passé et nous  réjouir de le rechercher …on dirait que nous vivons dans le présent pour qu’il nous reste immédiatement un souvenir auquel penser, pouvoir le revivre plus tard et, constamment, le raconter et le rendre de plus en plus intense. Je crois qu’une partie importante de notre nostalgie provient de notre héritage historique. Il y a une certaine immaturité dans la difficulté que nous avons d’offrir davantage d’énergie dans le présent.

Thomas, votre traducteur français, affirme qu'on supporte mieux les défauts d'un pays qui n'est pas le sien. Adhérez-vous à cette idée?
Oui…C’est la même chose avec la famille…Ce qui arrive dans notre propre famille nous donne à peine la distance nécessaire pour être objectifs. Tout ce qui arrive touche dans le plus intime. Il est très difficile de se voir soi-même et il faut avoir du courage et de la sagesse pour faire une introspection et voir ce qui se passe réellement. Il est plus facile et gratuit de donner un avis sur le voisin et de voir tous ses défauts. L’image que nous en recevons ne nous touche pas directement et au fond me semble une façon plus complaisante de découvrir petit à petit des portes intérieures méconnues. C’est plus agréable, comme un jeu, et parfois plus intellectuel qu’instinctif.

Dans la préface, il explique que vous utilisez certains mots de Lunfardo, c'est à dire d'argot issu du monde des prisons et du tango. Avez-vous fait des recherches sur un vocabulaire spécifique ou étaient-ce des mots déjà familiers ?
Le « Lunfardo » est parlé quotidiennement à Buenos Aires et il était normal qu’on vous offre le « Dictionnaire de Lunfardo ». Beaucoup de mots se sont perdus avec le temps mais la plupart sont toujours présents et continuent de se renouveler.

Bandonéon - danseVotre trait est singulier: chacune de vos vignettes est presque une toile à elle seule. Vous jouez sur des cadrages variés et maintenez une "sensation de flou». Ai -je bien vu ? Pourquoi user de ces techniques? De quelles influences picturales (et autres disciplines artistiques) est née cette esthétique?
J’aime le crayon, les tâches lorsque je passe la gomme ou le doigt, la façon dont il glisse, son instantanéité. J’avais envie de m’asseoir et de faire une page par jour, d’essayer de ne pas arrêter ma main pour corriger. Le crayon vous pousse à dessiner sans vous poser trop de questions, et à laisser les choses telles quelles. Dans le domaine de la peinture j’aime Turner, Ensor, Rothko, Van Gogh… dans celui de la bande dessinée, Muñoz, Horacio Altuna, De Crecy, etc...dans celui du cinéma, Tarkovsky, Welles, Lynch, Lang, Buñuel…

La musique semble être un élément obsessionnel dans vos fictions : que symbolise-t-elle? Est-elle un moyen simple de renouer n'importe où avec ses racines?  Une mémoire omniprésente et déplaçable facilement?
Pour moi la musique est quelque chose de naturel, le point de départ et « la colonne vertébrale »  d’une histoire. Dans « Hate Jazz » le jazz vous entraîne à New York, avec les noirs, au chaos et à la décadence. Dans « Bandonéon » le tango est l’immigration, le mélange et la naissance d’une nouvelle société à Buenos Aires. Il est inimaginable de sentir ce Buenos Aires sans la présence du tango. Ses rues et ses visages respirent encore cette musique.

Vous comparez dans "Juste comme ça" l'Espagne et l'Argentine, et au travers d'elle l'Europe et l'Amérique du Sud. Qu'est-ce qui, profondément selon vous,  distinguent ces deux cultures?
La grande différence réside dans le fait que l’Europe possède une culture qui se construit depuis plus de 5000 ans. En Amérique la culture originelle fut interrompue par la colonisation, ce qui provoqua un vide énorme impossible à combler. Cette culture-là fut écrasée et malheureusement un immense potentiel fut perdu. L’indépendance de l’Argentine naît à partir de 1810…on pourrait considérer que l’Argentine a 200 ans d’existence. Il en est de même pour les autres pays sud-américains. D’une façon très simple, voire ridicule, je dirais qu’il s’agit d’une relation entre une personne âgée et un bébé.
Bien que chaque pays ait sa propre culture, sa façon d’être, il y a aussi une certaine inertie ou façon d’être du continent auquel ils appartiennent. Il est évident que l’Espagne et la France ou l’Allemagne sont des pays très différents mais le courant historique et les rencontres pendant des milliers d’années, les guerres, le colonialisme, le commerce, etc… font qu’ils partagent beaucoup de liens. Un allemand et un espagnol ont plus de points en commun qu’un argentin et un espagnol, au-delà de la langue et d’une partie de l’héritage culturel. Le rythme, les besoins, etc…sont très différents. L’empreinte digitale que laisse la culture est d’une force presque impossible à entraver.

Enfin, votre prochain roman graphique se nomme "Dear Patagonia". Quels sont les enjeux de ce nouveau voyage? Y laisserez-vous aussi une part de vous? Quels thèmes (récurrents ou nouveaux) y abordez-vous? Quand sera-t-il en librairie?
« Dear Patagonia » se déroulera dans la Patagonie argentine. Il s’agit d’une histoire qui commence au début du XIX siècle et qui se poursuit jusqu’à nos jours. Je fais le texte et les dessins et je compterai sur la collaboration de Alejandro Aguado, Hernán González y Horacio Altuna. Le thème tourne autour de l’idée de la Patagonie comme oxygène. L’oxygène tantôt aide à nettoyer et à faire des changements, tantôt empoisonne et étouffe. Les personnages agissent dans cette zone du sud du pays,à Buenos Aires et dans quelques pays d’Europe.
Il y a une partie personnelle, très mince, et une autre semblable à « Juste comme ça » de « Bandonéon ». Elle est écrite par Alejandro Aguado, un dessinateur et historien qui habite dans la zone de la Patagonie et qui m’aide à « sortir de terre » de nombreux sujets que j’ai envie de raconter. Il comptera environ 300 pages mais il me reste encore beaucoup à faire. Avec un peu de chance je le terminerai en janvier ou février 2011. Depuis environ un an, je publie presque chaque jour le « making-off » du livre sur www.dearpatagonia.com.

(1) « porteño : habitant de Buenos Aires »

Pour lire l'interview en espagnol, cliquez ici!

Jul : la satire salutaire

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jul - photo D.RPropos recueillis par Julie Cadilhac - Bscnews.fr / Jul est d'abord dessinateur de presse, révélateur graphique quotidien des misères et médiocrités de notre société. Révélé au monde de la bande dessinée avec son "Il faut tuer José Bové" qui raillait les altermondialistes, il a poursuivi sa production inspirée pour le plaisir de nos grognements de citoyen du monde agacé, de patriote malmené, d'employé insatisfait. Silex and the city, A bout de soufre sont autant d'ouvrages caricaturaux aux vertus revigorantes. L'interviewer est donc l'occasion de confronter deux métiers à part entière qui, si les enjeux convergent, nécessitent des techniques différentes. L'opportunité aussi de réaliser quant au dessin de presse , quelle puissance argumentative et quelle ampleur lui confèrent cette réputation légère, ce regard institutionnel permissif pour un genre qui se permet beaucoup plus que les mots et qu'on ne fait jouïssivement pas taire. Jul en BD, Jul en juillet,  bulles d'été.

Les Editions Beaux Arts ont publié " Plantu et les 77 dessinateurs" dans lequel vous figurez comme un des caricaturistes qui "partent en résistance contre la bêtise ambiante", est-ce ainsi que vous définissez votre métier?
Ce n'est pas très éloigné de la vision que je peux en avoir : j'ai vraiment l'impression qu'en particulier dans ma partie "dessins de presse" puisque j'ai deux métiers, en fait, qui cohabitent et qui sont souvent différents, à savoir  dessinateur de bandes dessinées et dessinateur de presse. En tant que dessinateur de presse, quand je commente l'actualité, que je fais des dessins sur ce qu'il se passe dans le monde, j'ai vraiment l'impression à la fois de me venger moi-même et de venger mes lecteurs de toutes sortes de choses qu'on subit en tant que consommateur, citoyen ou individu sur la planète: les guerres, les oppressions sociales, sur le lieu de travail par exemple, le bourrage de crâne médiatique sont des choses contre lesquelles je dessine, pour pouvoir respirer plus librement. Il y a une forme de résistance et à la fois ce n'est pas une résistance morbide mais joyeuse qui aide à vivre et donne envie de vivre. Dessinateur de presse est, en général, un métier qui part d'une matière très sombre, très noire mais qui est assez solaire en un sens.
Y-a-t-il eu des dessinateurs qui vous ont donné envie de délaisser votre craie de professeur et d'appointerjul - silex and the city votre crayon? Ou, qu'est-ce qui, plus largement, vous a incité au changement?
Je faisais déjà les deux avant mais c'est évident que, dans mon travail, j'ai été vraiment inspiré par de nombreux prédécesseurs - assez variés d'ailleurs - et  les gens que j'admire le plus et qui m'ont donné envie de dessiner ne sont pas nécessairement des gens qui font des choses qui ressemblent à mon travail. Mais évidemment, étant petit, j'étais déjà un grand lecteur de bandes dessinées puis ensuite j'ai découvert l'univers satirique  Hara- Kiri avec Raiser, j'étais aussi un grand lecteur de Gotlib et ces espèces de maîtres de l'humour ont pour moi beaucoup compté... Sempé également dans un autre style. Ensuite il y avait des gens dont j'appréciais plus particulièrement le travail dans les journaux  - il ne s'agissait pas de les copier ou de faire la même chose - mais c'étaient des inspirateurs. Enfin, le pont entre la bande dessinée et le dessin de presse,  je l'ai franchi grâce à Pétillon qui dessine au Canard Enchaîné avec son l'enquête corse, des albums comme ça : il était passé du dessin de presse à la bande dessinée de manière vraiment fantastique et pour moi, c'était une vraie référence. Donc aujourd'hui dans le travail que j'accomplis, c'est sûr qu'il y a un avant et un après Pétillon. "Il faut tuer José Bové" est né parce que j'avais lu L'enquête corse.

Diriez-vous que vous avez gardé de l'enseignement des réflexes pédagogiques, une volonté de clarté, de rigueur et d'éveil des consciences?
Je ne suis pas très pédagogue, je pense, je préfère convaincre par la connivence, séduire par des traits d'esprit plutôt que d'être réellement pédagogue, être très ordonné et orienté. Je préfère créer un peu le trouble, débusquer des choses un peu absurdes et laisser les gens être seuls juges et se faire leur propre opinion; je n'ai pas l'impression que je transmets quelque chose comme le ferait un prof. En revanche, la partie professorale m'a amené à m'intéresser à toutes sortes de choses et le côté "recherche" davantage qu'enseignement finalement m'accompagne toujours. Je me nourris d'absolument tout ce que je lis et que je trouve, que ce soit de la télé -réalité ou des derniers essais philosophiques sur tel ou tel sujet. Je pense que tout est bon à utiliser.
silex and the cityQuel rôle accordez-vous au dessin de presse? Est-il un condensé de l'actualité, un moyen d'appâter l'oeil ou la touche légère du journal?
Ce n'est pas forcément léger, c'est quelque chose qui permet d'ouvrir l'esprit et de conserver surtout l'esprit critique aiguisé aussi bien chez les gens qui font le dessin de presse que chez ceux qui les lisent, c'est à dire que sur des choses qui nous paraissent évidentes, le dessin de presse pointe des aspects qui ne le sont pas tellement. Aussi, on reste éveillé et l'on garde ce goût de la critique, du second degré et de la distance par rapport aux choses. Très souvent, on a envie de nous mettre la tête un peu sous l'eau et le dessin de presse permet de respirer.
Vous semblez être un amateur de jeux de mots, peut-on affirmer que pour JUL, c'est le texte qui donne l'impulsion du dessin?
Je pense que c'est un ensemble : il y a  certains dessins qui me viennent par le biais du graphisme : je griffonne sur un petit bout de papier et d'un coup, en dessinant une tête de personnage, hop un dessin me vient. Parfois  je réfléchis simplement et par une analogie sur les mots me vient le dessin qui découle, dans ce cas, complètement du langage... mais c'est, en général, très entrelacé, et j'aurais du mal à dire lequel vient avant. C'est bien souvent un savant mélange, un petit peu miraculeux et, si j'avais la recette, évidemment, je pourrais la refiler à tout le monde. Je pense que c'est le cas pour la plupart des dessinateurs, on est le plus souvent étonné de trouver une idée sur un sujet et on ne sait pas comment elle est venue.

La parodie est un bon moyen d'aborder des sujets épineux ou controversés. Peut-on affirmer que le dessinateur peut aller plus loin que le journaliste, que celui qui écrit un texte? Le dessin, par son abord un peu ludique, a -t-il plus de liberté et de marche de manoeuvre?
C'est sûrement vrai. On a une liberté de ton très très forte et, ce qui aujourd'hui choquerait chez un Stéphane Guillon ou Didier Porte, pour être vraiment dans l'actualité,  apparaît très fade et très neutre pour nous, dessinateurs de presse. On  fait dix fois pire tout le temps dans nos colonnes sans que les gens s'offusquent. Il y a une attente par rapport à ça alors que l'écrit ou l'oral sont perçues comme devant être plus sacralisés, plus sérieux. Grâce au dessin, cette mise à distance graphique permet d'aller plus loin, ça c'est sûr. Moi, si je décrivais ou faisais des blagues à l'oral qui correspondent aux gags de mes dessins dans un média, ça passerait très mal, j'aurais tout de suite des procès. Le dessin nous met un peu plus à l'abri.
Silex and the city, A bout de soufre sont les titres de vos derniers albums : à quel point le titre d'une bande dessinée est primordial?
J'aime beaucoup les titres et j'aime bien en faire et d'ailleurs il m'arrive souvent de titrer les articles des autres, de copains qui cherchent à trouver un titre pour leurs reportages ou autres. Le titre est une porte d'entrée vers un dessin , un album ou un article qui est capital. On se bat dans une jungle littéraire : il faut attirer l'oeil de celui qui arrive dans une librairie, aussi un graphisme et un titre qui sortent un peu de l'ordinaire sont décisifs. Il y a en effet une énorme production de bandes dessinées, 5000 titres par an, cela représente plus de 15 albums nouveaux par jour, c'est complètement délirant!  Alors un titre, ça compte justement...mais il ne faut pas que ce  soit  un titre pour un titre, il faut que ça corresponde à quelque chose de l'album et voilà, tout l'équilibre est là: il faut trouver un titre qui ait du sens, qui soit profond et qui, à la fois, permette tout de suite d'allumer quelque chose dans l'oeil de la personne qui le lit.

L'objectif d'A bout de soufre, c'était de dynamiter les icônes d'hier et d'aujourd'hui?a bout de soufre
Oui, parce qu'il y a des gens qui sont mis au rang d'icônes et qui font très très peur, comme Ben Laden ou Georges Bush,  des figures mythiques ou imaginaires qui sont épouvantables et puis d'autres , au contraire, qui incarnent vraiment la gentillesse absolue, l'idéal de tout le monde comme, par exemple, Le Petit Prince. Donc mélanger Jérôme Kerviel et le Petit Prince, Barack Obama et Yann Arthus Bertrand, c'est à dire des gens qui sont omniprésents dans les médias et sur lesquels tout le monde a son idée... Nicolas Hulot ou Sarkozy etc... cette galerie de portraits que l'on doit subir toute la journée, pour une fois, on peut s'en emparer et la tordre dans tous les sens, en faire ce que l'on veut et ça c'est un peu jouissif.
Vous pratiquez la satire d'une façon un peu salutaire , un moyen d'évacuer les râleries du quotidien, vous êtes un accoucheur de la morosité...
Il y a une vertu presque médicale dans le blasphème concernant les icônes politiques et culturelles et c'est bien de ne plus être agenouillé devant cette espèce de totem qu'on doit supporter mais d'aller se dérouiller un  peu les jambes en courant autour de tout ça .

Vous avez participé à la création d'un recueil intitulé "bye bye bush": quelles étaient les consignes données aux illustrateurs qui y figurent? La vôtre " In food we trust" décline à plaisir le thème de l'obésité...
C'était assez libre: on devait faire une création pour un album qui sortait à l'occasion de la fin de l'ère Bush puisque, de toutes façons il ne serait pas réélu car il ne se représentait pas et c'était l'occasion de faire un petit bilan...ou alors on pouvait imaginer ce qui se passerait dans le futur et c'est l'option que j'ai choisie. En gros, je ne voulais pas que ce soit trop ancré dans une actualité brûlante, j'ai gardé le thème des élections américaines en y ajoutant cette explosion de l'obésité fantastique aux Etats-Unis; j'ai choisi de prendre un thème de société pour traiter un thème politique, ça permettait de rendre le truc un peu moins éphémère.
Plutôt plaisantin que vindicatif?
On ne peut pas vraiment prescrire la façon dont sera reçu un dessin. Mon état d'esprit lorsque je crée, c'est surtout de déceler de l'humanité dans toutes les choses, c'est à dire montrer que les mesquineries, les nullités, la méchanceté, la cruauté sont des choses que tout un chacun porte en soi et qu'un tel - qui a l'air d'être le mal incarné - est sans doute plus simplement un minable qui fait des petites choses dans son coin comme nous tous. C'est plus efficace selon moi de ramener les choses qui sont mythifiés à une dimension un peu plus prosaïque, intime, ridicule. Peut-être finalement que cela provoque une sorte d'intimité et cela maintient  une forme d'indignation ou de colère mais sans enflammer tout. L'objectif est de maintenir sans arrêt une petite braise d'attention qui ne s'éteindrait jamais ; les grands feux parfois font des flambées fantastiques mais durent peu alors que mon approche est d'être sans arrêt un peu goguenard, ironique pour ne pas fermer l'oeil et ne pas juste se contenter d'un grand coup de gueule qui ne donnerait rien à la fin. En bref, faire une espèce de gymnastique permanente qui ne s'arrêterait jamais.

Le tome 2 de Silex and the city sort le 28 août : la famille Dotcom repart pour une nouvelle campagne politique?
Le père qui a expérimenté la politique ne peut plus retourner à l'éducation nationale, il a pris le goût de la liberté donc il est recruté par un chasseur de têtes et il va travailler dans le privé. Il va découvrir en fait que la vraie sauvagerie, c'est la vie de bureau et  pas du tout le monde tel qu'il avait l'habitude de le voir ; il va bosser pour une boîte pour des concepts innovants. Lui, il va être chargé du dossier sur le monothéisme et sur l'inhumation, en moins 40000 avant J.C ( rires). Tandis que la mère fait une petite dépression nerveuse inter-glaciaire et donc va être arrêtée. Il faut qu'elle trouve un remplaçant pour ses cours de préhistoire-géo et ce remplaçant va être un personnage qui ressemble terriblement au Petit Prince.

Le titre "Réduction du temps de trouvaille" ainsi que ce cadre à l'époque glaciaire semblent être un clin d'oeil à une période contemporaine de crise et à l'allongement voté des retraites?
Autant le premier album traitait de pas mal de sujets politiques, autant ce deuxième traite de sujets sociaux que ce soit en rapport avec la consommation - le fils essaie de créer une chaîne de magasins équitables qui s'appellent Nature et Découvertes et ses contemporains ne sont pas du tout intéressés par la découverte donc au final il va juste appeler ça Nature - et le père va vraiment s'initier à l'univers des DRH, des réunions de commerciaux et toute cette vie de bureau avec costumes et cravates qu'il ignorait complètement parce qu'il était jusque là fonctionnaire de l'âge de pierre, toute cette dureté-là que tout le monde connaît en France, c'est une façon de l'aborder encore une fois avec la distorsion de 40000 ans de distance.

Quelle dernière actualité a provoqué un dessin de JUL?
Pour l'instant, je suis encore en train de dessiner sur les démissions de ministres et sur l'affaire Woerth et Bettencourt... mais je fais deux ou trois dessins par jour sur l'actualité et très vite une actualité chasse une autre. J'ai fait aussi aujourd'hui un dessin sur la canicule...

Après Silex and the city 2, y aura-t-il un troisième tome?
C'est encore dans le canon du pistolet mais ça ne saurait tarder à partir.

Une dernière actualité?
Oui, depuis trois semaines , nous sommes une poignée de dessinateurs de presse à avoir notre application sur I phone: on peut s'abonner aux dessins de presse et du coup , tous les jours on peut recevoir un dessin que j'ai fait sur son téléphone et ça ne coûte que quelques centimes par mois. C'est le truc nouveau, sympa, dans les nouvelles technologies. L'application se nomme " ça ira mieux demain" et apparemment ça cartonne parce que les gens qui s'occupent de la plateforme disaient que c'était la troisième application news la plus achetée.
Merci Jul.

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