Livre papier et livre électronique - Duo ou Duel ?
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- Publié le 11 mai 2009
par Mélina Hoffmann
Après avoir conquis le monde de la musique et du cinéma, c’est à l’univers du livre que s’attaque désormais le numérique avec l’apparition de l’e-book, ce livre numérique rechargeable qui se glisse dans la poche.
Après des débuts peu convaincants dans les années 90, l’édition numérique semble enfin prête à émerger, avec des matériels beaucoup plus évolués et maniables qu’à ses prémices.
Liseuse, e-reader, e-book… Quelque soit le nom qu’on leur donne, ces appareils fins et légers sont capables de contenir environ 300 livres, mais il suffit d’y ajouter des cartes mémoire pour en stocker bien davantage.
Certains modèles peuvent même se connecter à Internet par wifi ou Bluetooth, permettant ainsi de télécharger du contenu n’importe où et n’importe quand, mais aussi d’accéder à des liens multimédias, ou encore de garantir une mise à jour constante des données pour ce qui est notamment des ouvrages scientifiques, scolaires…
Toutefois, cette dématérialisation du livre fait débat.
En effet, si certains présagent une complémentarité non concurrentielle de l’e-book avec le livre-objet, d’autres y voient la mort programmée du support papier.
Alors, livre papier / livre électronique : duo ou duel ? Les livres numériques constituent-ils une menace pour le livre papier ? Seriez-vous prêt à adopter ce nouveau support ?
Quelques amateurs de livres et/ou de nouvelles technologies ont accepté de nous faire partager leurs avis sur ces questions.
Alain, 55 ans, cadre supérieur
«Je trouve que les e-books complètent les livres papiers classiques.
Les e-books ont cela de formidables qu'ils sont souvent gratuits (je crois qu'il existe une e-bibliothèque au Québec qui mets tous les classiques de la littérature à disposition, mais il doit exister également d'autres sites). En outre on peut accéder sans sortir de chez soi à des livres qu'il serait difficile voire impossible à trouver, parce qu'ils ne sont plus édités et qu'on ne les trouve pas dans les bibliothèques. J'ai ainsi trouvé des livres d'Aragon qui ne sont pas de la très grande littérature mais qui ont au minimum une valeur d'estime, voire historique. En outre, le e-book peut être un moyen de faire connaître des livres que soi-même on aurait écrit et qu'une impression, même en petit nombre d'exemplaire, ne serait pas justifiée.
Cependant si les e-books ont un côté pratique grâce à leur disponibilité, ils ne présentent pas l'agrément que donne un "vrai" livre: son odeur, ses pages cornées, ses marques pages qui constitueront des souvenirs (un simple billet de train, oublié dans un livre et retrouvé vingt ans plus tard à l'occasion d'une relecture, vaut la madeleine de Proust !). Et puis un livre on le garde sur soi, on le lit dès qu'on a quelques minutes d'oisiveté.
C'est beaucoup plus compliqué à faire s'il faut allumer son ordinateur pour le lire.
En définitive, ce n'est pas e-book OU livre: c'est e-book ET livre qu'il nous faut, pour conserver ce plaisir infini qu'est la lecture.»
Valérie, 45 ans, étudiante de Master 1
«Pour moi, la question du livre électronique contre le livre en papier est un faux débat. Car le livre électronique ne peut se substituer au livre en papier pour des raisons que je vous expliquerai ci dessous.
Certes je n'ai jamais lu de livres électroniques mais mes raisons correspondent à mes convictions. Parce que actuellement le livre électronique n'est pas diffusé ce qui empêche la démocratisation.
Les bibliothèques offrent un choix plus divers de livres et sont plus disponibles.
Avoir un dictionnaire électronique implique la possession ou la location d'un ordinateur ce qui veut dire des frais d'abonnements plus élevés que ceux d'un abonnement à une bibliothèque.
Un livre vit et subit les épreuves du temps, alors qu'un outil électronique légèrement détérioré est inacceptable pour l'organisme prêteur.
Dans l'avion, on peut ouvrir son bouquin, alors que les appareils électroniques sont interdits d'utilisation.
Les outils électroniques peuvent sans doute proposés d'autres liens relatifs au livre, mais je pense qu'il vaut mieux laisser au lecteur l'initiative de sa recherche. Internet favorise une infantilisation du lecteur au niveau de la réflexion. Je trouve cela inacceptable.
En ce sens je préfère une lecture papier pour laquelle je ferai moi-même les recherches appropriées sans être orientée.
Sans doute serait-il bon que le livre électronique soit mis à la disposition de tous les lecteurs ? Cela relancerait certainement le débat.
Pour l'instant, le livre électronique est pour moi un complément qui ne peut en aucun cas se substituer au support papier. Par analogie, je dirai que malgré l'invasion du MP3 ou autres, il y a encore de jeunes artistes qui produisent des CD - ou mieux des supports vinyles - pour leur album.... Et un vinyle de son artiste préféré est un bijou inégalable.
Hugues, 46 ans, Cadre dans l’industrie et auteur de livres sur l’environnement
L’adoption des ebooks n’est sans doute qu’une question de génération. Vous avez l’ancienne génération (dont je fais déjà partie) très attachée au livre papier et la nouvelle génération très attachée à son téléphone portable, son ipod et autres objets numériques. Ce sont eux qui adopteront progressivement cette nouvelle façon de lire un livre, car, plus facile, plus interactive et plus proche de leurs habitudes. Ce sera plus lent que pour le téléphone et les ipod, mais c’est sans doute inéluctable. Il y a 15 ans vous nous auriez posé la question : « pensez-vous que les appareils numériques vont supplanter les appareils photos argentiques » Vous auriez trouvé des sceptiques. Le basculement du monde du livre sera le dernier à basculer dans le tout numérique comme l’ont fait depuis deux décennies le monde de la musique, la télé, le téléphone, la photo. Ce n’est plus qu’une question de temps.
www.hugo3w.com
Marina, 30 ans, technicienne qualité.
Les e-books ont pour moi une utilisation différente de celle des livres papier.
Le format papier restera toujours pour moi indispensable pour certains livres, le plaisir de les relire tranquillement, ouvrir une page au hasard et se laisser guider, le plaisir du papier aussi....
Le plaisir de transmettre également. Les livres que l'on m'a offerts, faire découvrir ce qui nous a touché, la dédicace de la personne.... Mais l'e-book, pour une dévoreuse de livres comme moi, permet de pouvoir lire d'autres livres sans devoir leur trouver une place dans ma bibliothèque, avantage non négligeable. Ainsi que le fait qu'ils ne seront jamais tachés, déchirés par mégarde. Et pendant les vacances, plus besoin de sacrifier la moitié de ma valise aux livres. La question du prix restera aussi déterminante entre les deux formats.
A prix équivalent, le format papier est plus attrayant.
Romain, 21 ans, en recherche d’emploi
Dans la continuité de l'ère numérique, tout comme les lecteurs MP3 ou vidéo, les livres "électroniques" dit E-Books débarquent en masse dans les rayons, cela dit, je ne pense pas qu'ils soient une menace immédiate pour le livre en papier "original". Pourquoi ?
La communauté des lecteurs est composé à mon avis en grande partie de gens qui apprécient le format papier au moins autant que la lecture elle même. C'est un ensemble, le livre, le papier, l'encre et sa police, parfois l'odeur du neuf ou au contraire du très vieux, bref la "dématérialisation" du livre n'est pas à mon avis assez entré dans les mœurs pour un succès immédiat. D'ailleurs ce sont souvent deux cultures qui s'opposent entre ceux qui "maîtrisent" l'informatique, et ceux qui se réfugient dans les livres, comme pour justement peut-être échapper à ce monde du tout numérique.
Autre frein (et pas des moindres) à la démocratisation des E-books déjà très présent dans les esprits (surtout en ce moment) les difficultés de l'état pour gérer et réguler les droits d'auteurs (ou piratage) sur les différents contenus sont au cœur du débat, c'est une des raisons pour lesquelles peu de maison d'éditions veulent bien se lancer dans l'aventure et proposer un magasin en ligne conséquent et intéressant pour tous. Un bref tour sur internet suffit pour se rendre compte que l'offre en dehors de grands classiques est totalement asthmatique et bien trop dispersée.
D'un autre côté (peut être) entendrons nous les écolos crier qu'il est bien meilleur pour la nature de se passer des quantités astronomiques de papier et de céder au "tout numérique", mais ce serait se passer d'une richesse de contenus que jamais les E-Books pourront égaler, puisque tout les livres sortis à ce jour ne seront pas tous numérisés.
Ainsi même en cachant le prix conséquent du peu d'appareils disponible, et en oubliant le choix et la variété fantastique que propose le monde du livre papier, je ne serai pas prêt à titre personnel à troquer mes livres papier contre un E-book.
Alexandre, 26 ans, conseiller technique à France Télécom
L’e-book est pour moi une alternative intéressante au support papier dans bien des cas. Le fait de constituer toute une bibliothèque de façon numérique permet de garder une trace de tous les écrits qui ont été ou qui seront faits, de façon bien plus simple. Sa centralisation permet aussi de faciliter l'accès a toutes ces informations.
Toutefois, sa forme actuelle n'est que le balbutiement de cette technologie et, je dois l'admettre, n'est pas encore très intéressante car limitée par sa lisibilité, sa texture et sa facilité d'utilisation. C'est pour cela que le livre, à l'heure actuelle, a encore de beaux jours devant lui. Mais les prochaines technologies à l'étude laissent présager un bel avenir pour l'e-book.
Avec une texture souple rivalisant avec certains papiers, un affichage dynamique des articles et une mise a jour automatique des contenus, l'e-book du futur offrira une alternative intéressante aux journaux et magazines.
Un accès direct à tous les ouvrages permettra aux étudiants et aux chercheurs d'avoir sous la main toutes les informations dont ils ont besoin, à un instant T, sans avoir à chercher dans quelle bibliothèque se trouve chaque ouvrage.
En revanche, en ce qui concerne le roman, l'e-book ne présente pas d'intérêt particulier, si ce n'est d'un point de vue écologique. Car la masse de tous les ouvrages imprimés représente beaucoup de papier, et je ne suis pas certain que tous soient recyclables.
De plus, cela permettrait d'éviter la perte d'ouvrages dans le cas d'autodafés, par exemple.
Pour conclure, je n'achèterai pas d'e-book pour le moment, mais je suis son développement avec intérêt car il deviendra, à mon avis, incontournable dans les 15 prochaines années.
Laura, 58 ans, retraitée de la fonction publique
Les quelques débats récents que j'ai pu entendre autour de moi ces jours-ci, mettant en opposition les livres numériques et les "livres-papier" m'ont interpellée. Le livre étant par définition un merveilleux et indispensable outil au service de l'homme, j'ai ressenti une crainte lorsqu'a été évoquée leur possible disparition au bénéfice de l' "e-book".
La lecture est l’une de mes passions, et le "livre-papier" aura toujours ma préférence. Quoi de plus agréable que de tenir un livre entre ses mains, de le regarder, de l'ouvrir, d'en tourner les pages, de toucher et sentir la matière, de refermer ce livre et de le ranger précieusement..... jusqu'...... au lendemain ? Bien sûr, ces livres-là prennent de la place, mais, au moins, on ne les oublie pas !
Et puis, c'est un plaisir sans cesse renouvelé, des moments de pur bonheur, alors que..... les "e-books" ne réjouissent qu'une partie des lecteurs, celle qui ne peut plus se passer de son écran, qui n'a plus ce contact intime et tellement savoureux avec les choses, avec les matières.
Alors oui au livre numérique, qui est un outil de travail considérable permettant les échanges et la sauvegarde de la mémoire, sans toutefois remettre en cause le livre-papier qui peut être lu n'importe où, n'importe quand, en toutes circonstances...... pourvu qu'il y ait de la lumière !
Je préfère, pour ma part, m'endormir le soir, un livre dans les mains, plutôt qu'un ordinateur!
Harry Dickson : le Sherlock Holmes américain
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- Publié le 27 janvier 2011
Les Dossiers secrets de Harry Dickson, Tome 1 et 2, de Brice Tarvel (éditions Malpertuis), ou « à la manière de » et en hommage fort réussi au « Sherlock Holmes Américain »
Le journal volubile d'Enrique Vila-Matas
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- Publié le 19 janvier 2011
« AVRIL
La tristesse. Et le thème des fantômes couchés et autres pionniers de l'avenir affleurant à la première heure de cette nuit.
« – Votre jeune ami, dit Chamfort, ne connaît rien au monde, il ne sait rien de rien.
– Oui, répondit Rivarol, et il est déjà aussi triste que si il savait tout. »
La progression de l'ignorance - tout comme la littérature préfabriquée - fait peur à Vila-Matas, alors il l'écrit, glissant ici et là des métaphores qui n'appartiennent qu'à lui. Serait-ce un journal métaphysique ? Après lecture, sur laquelle on peut - méditer - revenir longtemps, on pourra croire assurément qu'il s'agit d'un sacré journal. Et d'un sacré écrivain.
Journal Volubile, de Enrique Vila-Matas (éditions Christian Bourgois)
Les vertiges des écrivains amateurs: entre plaisir et effroi
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- Publié le 25 janvier 2011
Sylvain Vasseur a tout pour devenir écrivain : l'égoïsme, la foi en son talent, des admirateurs et des groupies, et même un incessant soutien de la presse, peut-être un peu prématuré. Que lui manque-t- il, si ce n'est une œuvre ? Le Vertige des auteurs est l'histoire d'un faux ingénu qui se lance dans l'écriture, pour complaire à son patron. De petits mensonges en douces impostures, jusqu'où ira-t-il dans sa conquête de la chose littéraire? Et la flamboyante Arlette sera-t-elle tentée par une vocation de femme d'écrivain besogneux ? Georges Flipo ballotte allègrement le héros entre trois mondes qu'il connaît intimement : – celui de l'entreprise, avec ses PDG aux caprices inspirés et ses cadres empressés de les satisfaire. – celui des éditeurs assaillis par les gueux de la littérature qui se pressent à leurs portes. – et celui des affligés de l'écriture aux pathétiques espérances. Ces trois mondes sont ici décrits avec un humour féroce. On n'avait sans doute jamais brossé si crûment le portrait des auteurs amateurs, par petites touches d'une acide vérité. Ce livre évoque une étrange autobiographie collective, celle des deux millions de Français qui ont un manuscrit dans leur tiroir. Le Vertige des auteurs les fera frissonner de plaisir ou d'effroi. Eux... ou leurs conjoints.
Le Vertige des auteurs, de Georges Flipo (éditions « Le Castor Astral »)
L'encyclopédie du cannabis, Charles Nodier et les autres
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- Publié le 30 décembre 2010
Charles Nodier, qui fut tout à la fois conservateur de l'Arsenal, polygraphe, spécialiste des sociétés secrètes, ami de Nerval, de Hugo et protecteur de la génération romantique, déclare ici l’affection et l’obsession qu’il porte à la bel ouvrage imprimé : « L’amateur est un type qu'il est important de saisir, car tout présage qu'il va bientôt s'effacer. Le livre imprimé n'existe que depuis quatre cents ans tout au plus, et il s'accumule déjà sans certains pays de manière à mettre en péril le vieil équilibre du globe (...) A considérer l'amateur de livre comme une espèce qui se subdivise en nombreuses variétés, le premier rang de cette ingénieuse et capricieuse famille est dû au bibliophile. »
Au fil des pages, c’est un bibliomane, ou un « fou des livres » qui lève le voile sur d’autres bibliomanes, auteurs bizarres ou inclassables de manière étonnantes et drôles. L’objet élégant, à la typographie soigné, rend hommages à tous ceux qui sont ivres de livres et de lecture.
L’Amateur de livres, précédé du Bibliomane, de bibliographie des fous et De la monomanie réflective, de Charles Nodier. Edition présentée par Jean-Luc Steinmetz (éditions Le Castor astral, collection « les inattendus »)
PASCAL BOUCHET , PROFESSEUR « ES MOTS »
« Savoir comment et pourquoi dans cette infime partie du monde, toutes les communications s’étaient interrompues, et presque toute vie disparue… »
Magnifique défi lancé à Maxime Phébus, explorateur qui n’est pas sans nous rappeler l’extravagant professeur Lidenbrock du Voyage au centre de la terre de Jules Verne, ou encore le fantasque baron de Münchhausen. Hélas, le plan de la cité disparue de Sémiopolis se révèle une chausse-trappe où chutent, à qui mieux-mieux dans le ridicule, les professeurs pédants et pseudo-savants qui accompagnent Maxime Phébus dans sa quête. […] Pascal Bouchet, artiste et polygraphe, utilise un fatras de trouvailles humoristiques qui mettent en relation les mots et les images. Ces éléments iconographiques et linguistiques mis bout à bout d’une manière faussement approximative, dessinent une fiction au pays du langage, des lettres, des mots et des figures de style. Le livre est aussi un bel objet savamment illustrée qui trouvera belle place dans les bibliothèques des honnêtes hommes.
Rue du Palindrome, de Pascal Bouchet, Polygraphie (éditions du petit véhicule Collection « Les Confins »)
Joris-Karl Huysmans (1848-1907) est un écrivain trop méconnu et pourtant majeur. L’auteur de Là-Bas, de En route, ou de La Cathédrale compte quelque milliers de fidèles qui lui vouent un véritable culte.
Et pourtant, l’existence du personnage dépasse peut-être son œuvre. Chaque fois qu’on croit le connaître, il nous échappe. Huysmans et un homme complet et complexe : tour à tour romancier naturaliste, fin connaisseur de Paris, esthète et amateur des « avant-gardes », critique d’art au goût sûr, esprit « fin de siècle » par excellence, mystique et reclus à la fin de sa vie, préférant la fréquentation des monastères aux cénacles littéraires. C’est l’auteur en personne qui déclara être un « forçat de la vie », à savoir un écrivain pétri d’absolu, de doutes et de liberté, s’interrogeant sans cesse sur la condition de l’homme et son oscillation entre le bien et le mal. Ce qui n’aurait pu être qu’une biographie supplémentaire, copieuse et mené de façon universitaire, se révèle être un coup de maître, à la lecture vivante et aux allures de roman. Patrick Locmant promène son personnage dans un Paris vivant et une époque bien agitée. Nous faisons connaissance avec des Esseintes, le anti-heros du roman A Rebours, nous croisons l’abbé Munier, confident de Huysmans et auteur d’un caprivant journal littéraire (édité au mercure de France), nous prenons place à l’académie Goncourt ou suivons l’écrivain qui arpente en piéton inspiré les tristes quartiers de la Bièvre ou les beaux alentours de Saint-Sulpice. Des Esseintes, le anti-heros du roman A Rebours,
Le portrait de Huysmans est lumineux et son biographe parvient sans peine à explorer ses parts d’ombre : sa foi et ses crises, sa sexualité confuse, son exigence viscérale de l’écriture. Celui qui disait hésiter entre la cellule monacale et la corde fut avant tout un immense écrivain. Il faut le rappeler, les romans de Huysmans sont tous – ou presque – des chefs-d’œuvre qui ont enchanté, fasciné et interrogé des générations de lecteurs – à commencer par Là-bas, le roman du mal, des messes noires et du satanisme.
Rarement biographie aura donné envie de découvrir, et de lire, un tel écrivain.
Le Forçat de la vie, J. K. Huysmans , de Patrice Locmant (éditions Bartillat)
PATACHON
La vie de patachon est peut-être un mode de vie, mais c’est aussi un état d’esprit et le titre d’un livre rare et dévastateur qui célèbre, à l’image de Pierre de Régnier, son auteur, « la noce » et l’humeur des Années folles. Pierre de Régnier, écrivain méconnu – et il fit tout pour le rester – est ce que l’on appellerait aujourd’hui un « fils de » : petit-fils de José-Maria de Heredia, poète reconnu et célébré, fils de Marie de Régnier – qui publia sous le pseudonyme de Gérard d’Houville et fut l’une des grandes figures des lettres françaises et des cancans littéraires – et de Henri de Régnier, écrivain délicat et à la mode. Pourtant, son véritable géniteur fut le trublion Pierre Louÿs avec qui Marie entretint longtemps une relation, mélange de fantaisie érotique et de frasque. Pierre de Régnier avait tout pour devenir un homme de plume, et peut-être un peu trop… La Vie de patachon est un roman plus qu’en partie autobiographique qui raconte les exploits – souvent alcoolisés – de jeunes noctambules dans un Paris en fête. Emma Patachon est une demi-mondaine qui s’entoure de jeunes admirateurs et les invite à célébrer les plaisirs décriés : opium, cocaïne, whisky ou calva de fin de nuit. Les réveillons sont endiablés et les chauffeurs de taxi ramènent à l’aube les noceurs désemparés. « Puisqu’il est à la mode d’écrire des “Vies” et que tous les gens qui les écrivent choisissent de préférence des personnages morts, et morts depuis longtemps, ce qui fait que tout contrôle devient presque impossible, je ne vois pas pourquoi, moi qui connus Patachon, et qui ai, si j’ose dire, mené sa vie, je ne la relaterais pas dans les plus importants de ses détails, à seule fin d’en documenter mes contemporains. »
Derrière le roman aux allures de « scènes de la vie de mondaine », c’est une véritable autobiographie que Pierre de Régnier propose au lecteur. Il y a des larmes dans les verres, des mauvaises humeurs et de tristes réveils derrière la fête.
La noctambulie n’est plus ce qu’elle était…
La Vie de Patachon, de Pierre de Régnier, préface d’Édouard Baer (Le Castor Astral, collécition « Les Inattendus »)
L’ENCYCLOPÉDIE DU CANNABIS
C’est une évidence, mais cela va mieux en le disant : ce livre n’a en aucun cas pour but de faire l’apologie du cannabis. Il a seulement la modeste prétention de réunir en un même volume tout ce que cette plante réunit de faits culturels, historiques et sociaux. Des miscellanées cannabiques en somme. Puisse le lecteur y trouver de quoi étancher sa curiosité. Cette plante millénaire a en effet fasciné, et fascine encore, de François Rabelais à Bernard Kouchner, de nombreux amateurs.
Ce livre n’a pas pour objet de présenter le cannabis et le chanvre sous un jour favorable. Il a seulement pour ambition de parler, de façon décomplexée, d’un sujet qui occupe souvent les conversations, qui suscite des débats, qui concerne de nombreux usagers, en un mot un sujet de société. Et, pour ceux qui aiment les beaux livres, il fallait que l’objet-livre soit à la hauteur du sujet ; c’est pourquoi l’éditeur a pris le parti de faire un livre élégant, à la façon des manuels de civilité du siècle dernier, et nul ne saurait voir dans l’élégance le prosélytisme...
En somme, il s’agit d’un livre sur le cannabis, comme il aurait pu s’agir d’un livre sur le vin, le LSD ou le sexe. Un livre essayant d’envisager cette plante sous toutes ses formes, sans parti pris, sans ambages, ni fioritures. Proposer une encyclopédie, avec ce qu’il faut de sérieux et de ludique. Cependant, avant d’entrer dans le vif du sujet, il est utile de rappeler que consommer, détenir, acheter, importer, produire et vendre du cannabis est interdit par la loi. Comme l’alcool, le cannabis est une substance qui agit sur l’état d’esprit, mais ne résout aucun problème. Le mieux est donc de s’abstenir ou, si vous êtes consommateur, de fumer avec modération.
Petite encyclopédie du cannabis, de Nicolas Millet, (Le Castor Astral, collection « Curiosa & cætera)
GRANDS DÉTECTIVES & LITTÉRATURE MACABRE
Voilà plusieurs semaines que je me promets d'évoquer la collection "Grands Détectives" des éditions 10-18 et que, atteint deprocrastination, je ne tiens guère mes engagements. Si j'évoque souvent le valeureux Fabrice Bourland (*) et ses « détectives de l'étrange » - Andrew Singleton et James Trelawney -, j'ai lu, ces derniers mois, beaucoup d'autres titres de la collection qui me semblent être de saines lectures pour qui aime le sang épanché, les violences sournoises et les véritables frissons. Dernière lecture en date, Projections Macabres, de Brigitte Aubert, dont j'avais aussi fort apprécié Le Miroir des ombres, relatant les enquêtes de Louis Denfert, un proche cousin de Rouletabille, dans une France et une Europe très fin de siècle. La naissance du cinématographe (**) - et des ses inventions contemporaines et concurrentes - fait aussi tout le suc des ces livres populaires et érudits. On y croise à la lueur d'une lanterne magique Loïe Fuller, Octave Mirbeau ou Gaston Leroux, à la fois personnage et seconds rôles... Les amateurs du genre apprécieront.
Dans Le Miroir des ombres, Louis Denfert, talenteux et impétueux jeune reporter au Petit Eclaireur, ronge son frein entre chroniques sportives et articles mineurs lorsqu'il est envoyé en reportage à Dijon sur une affaire au parfum de scandale : une honorable gouvernante anglaise a été retrouvée, dans le train de nuit Paris-Marseille, sauvagement égorgée et démembrée. Nous sommes en 1891, quelques années avant l'invention du cinématographe. Ce meurtre aurait-il un lien avec la disparition, un an auparavant, dans le même train, de Louis Aimé Augustin Leprince, un inventeur franco-anglais qui venait de mettre au point un appareil de projection d'images révolutionnaire ? Louis était impatient d'en découdre, il va être servi ! Brigitte Aubert plonge au cœur de la glorieuse épopée des pionniers du cinématographe.
Dans Projections macabres, les cadavres s’amoncellent... En mai 1897, un dramatique incendie ravage le hangar du Bazar de la Charité, qui réunissait pour une vente caritative la fine fleur de la bonne société parisienne. Parmi les invités se trouve Louis Denfert, journaliste du Petit Éclaireur. Lorsqu’il découvre dans les décombres fumants le corps brûlé d’une jeune femme assassinée, son sang ne fait qu’un tour. Il ne tarde pas à faire le lien avec une autre affaire sur laquelle il enquête au même moment. De Paris à Aix-les-Bains, dans le luxueux tourbillon cosmopolite de la station thermale la plus en vogue d’Europe, efficacement secondé par ses amis, Emile le boxeur, Albert le médecin légiste et Camille la compagne de Louis, l’infatigable reporter traque le tueur sanguinaire, qui, avec une discrétion et une sauvagerie redoutables, continue son œuvre macabre…
Je n'ai pu m'empêcher de vous faire profiter de ce court paragraphe aux allures d'étranges citations : « Il y a des individus qui ressentent le besoin psychique de marcher. Je dis bien ; psychique. D'après Pitres, on en distingue quatre sortes. Les trimardeurs : ils ne travaillent jamais, marchent inlassablement et commettent parfois des petits larcins. Les ouvriers errants : c'est le travailleur qui va de ville en ville chercher de l'ouvrage, boit sa paie et repart. Les hypocondriaques : ils courent d'hôpital en hôpital pour se faire guérir de leurs maux imaginaires. Et enfin, les aliénés qui marchent sous l'influence de leurs idées délirantes. »
A lire aussi, La danse des illusions, la seconde histoire de Louis Denfert, et le petti dernier Le Secret de l'abbaye toujours chez 10-18.
(*) Les Fantômes de Baker Sreet, Les Portes du sommeil, La Dernière enquête du Chevalier Dupin et Le diable du Crystal Palace
(**) En 1895, rappelons-le.
Dans la même collection, j'avais aussi été tout a fait ébloui par les derniers romans de Boris Akounine, L'Amant de la mort et La Maîtresse de la mort, comptant les aventures du prince Eraste Fandorine et de son zélé serviteur - et guerrier - japonais dans la Russie encore tsariste de 1900. Intrigue formidable dans les bas fonds de Moscou entre pègre et Spiritisme. Le style de Boris Akounine est flamboyant. Deux livres admirables !
Je me suis aussi régalé - c'est le verbe ! - avec Le Cuisinier de Talleyrand, de Jean-Christophe Duchon-Doris où, lors du Congrès de Vienne, en 1814, le chef Antonin Carême, « le Palladio de la cuisine» - qui fascinait les architectes par ses constructions extravagantes et subtiles - tient les premiers rôles. Napoléon est vaincu et les puissances européennes vont décider de l'avenir de l'Empire. Mais un meurtre effroyable va contrarier le congrès et les tentatives diplomatiques. Heureusement, l'inspecteur Vladeski n'est pas loin. Jean-Christophe Duchon-Doris fait assurément partie des héritiers d'Alexandre Dumas. Le père, le grand !
« ... j'eusse cessé d'être pâtissier, si je m'étais aveuglément abandonné à mon goût naturel pour le genre pittoresque, tel que je le conçois pour l'embellissement des parcs des princes et des jardins particuliers »
Enfin, il ne faut pas vous priver de Le diable de Glasgow de Gilles Bornais - une enquête effroyable de l'inspecteur Joe Hackney de Scotland Yard entre l'East en de Londres et les Higlands - , et La Chambre mortuaire de Jean-Luc Bizien. Étrange personnage que le docteur Simon Bloomberg ! Dans son hôtel particulier de la rue Mazarine à la façade presque aveugle, conçu comme une pyramide égyptienne, cet aliéniste au regard pénétrant et à la réputation sulfureuse traite ses patients selon des méthodes avant-gardistes qui font scandale. Lorsque la jeune Anglaise Sarah Englewood entre à son service, elle tombe immédiatement sous le charme de ce scientifique hors du commun, fascinée par le mystère qui l’entoure. Pourquoi ne voit-on jamais sa femme, une archéologue de renom dont les trouvailles encombrent chaque recoin de la maison ? Et pourquoi une des pièces est-elle interdite d’accès ? Tandis qu’une série de meurtres inexpliqués défraient la chronique parisienne, une relation trouble se noue entre l’intrépide Anglaise et l’ombrageux médecin… Occultisme et suspense à toutes les pages, ou presque...
Lecteurs, J’arrête ici de défendre la cause de tous ces détectives. C’est à vous désormais de vous munir d’une loupe, de prendre le chemin du libraire et de l’aventure avec « les Grand Détectives » !


