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Des adeptes américains de l'anarchie à la française
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- Publié le mercredi 5 août 2009 07:44
Des adeptes américains de l’anarchie à la française
par Jean-Marc Pitte, depuis New York
Dimanche 13 juin, Union Square, au cœur de Manhattan : des clients pas comme les autres pénètrent par petits groupes dans la grande librairie Barnes & Noble, installée au nord de la place célèbre pour ses manifestations et ses débats improvisés d’orateurs de tout poil ; vers 17 heures, quand ils ont enfin atteint une centaine de personnes, l’un d’entre eux monte sur une petite scène destinée habituellement à recevoir des auteurs invités et se lance dans la lecture des premières lignes de la version anglaise d’un livre français : « L’insurrection qui vient ».
Ce livre signé par un mystérieux « Comité Invisible », était jusqu’à peu, uniquement connu de quelques initiés. Mais il a acquis une certaine notoriété depuis l’affaire des sabotages des voies de TGV. En novembre 2008, les trains à grande vitesse ont connu de nombreux retards à cause de destruction de lignes électriques ou de fers à béton placés sur les rails.
Julien Coupat, un ancien étudiant de la prestigieuse école de commerce ESSEC, est mis en examen dans le cadre de l’enquête. Huit autres personnes, dont sa compagne, ont été également été arrêtés. Ils sont peu à peu remis en liberté et placés sous contrôle judiciaire. Seul Julien Coupat reste en prison pendant six mois. Il n’en est sorti qu’en mai dernier.
Après s’être orienté vers la sociologie politique, Julien Coupat s’était installé sur le plateau de Millevaches en Corrèze, dans une commune appelée Tarnac. C’est de là que vient le nom des « neufs de Tarnac » dont est affublé désormais le groupe d’ultragauche qu’il est censé avoir constitué avec les autres inculpés. Même s’il nie l’avoir écrit, c’est à Julien Coupat que le ministère de l’Intérieur attribue la paternité de « L’insurrection qui vient ».
Jean-Marc Pitte depuis New York
KEN CARROLL un éditeur new yorkais de talent
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- Publié le vendredi 10 avril 2009 12:50
Europa éditions- New York : les mots d’ailleurs
par Jean-Marc Pitte, depuis New York
Kent Caroll, un vétéran de l’édition indépendante aux Etats-Unis, reçoit dans les très petits et très modestes bureaux d’Europa, situés juste à côté d’Union Square au cœur de Manhattan. Il dirige aujourd’hui la branche américaine de cette société et montre son environnement comme l’une des raisons de la réussite : « Comme vous pouvez le constater, notre infrastructure est limitée au minimum ; en tout, nous ne sommes que quatre à travailler ici. Et c’est comme ça depuis le début. Les fondateurs italiens ont parié sur le design de leurs livres qui se distinguent nettement de ce qui se fait ici et qui coûte beaucoup moins cher ! Ils ont parié sur la singularité de leurs ouvrages mais également sur leur faible coût car les auteurs étrangers sont souvent beaucoup plus abordables que les auteurs américains. Dans ces conditions, Europa pouvait patiemment attendre le premier succès. »
Et à l’automne dernier, ils l’ont nettement senti venir : Europa a parié que l’on pouvait importer aux Etats-Unis le phénomène qu’avait constitué en France le « carton » réalisé par le « …hérisson ». Ils ont su intéresser les critiques, soit sur le livre lui-même, soit sur cette expérience de transplantation d’une réussite littéraire inattendue d’un pays à l’autre et ils ont obtenu des articles vitaux pour la carrière du livre comme ceux de Time ou de Vogue. Ils ont envoyé une centaine de maquettes à des libraires indépendants à travers le pays et la réaction a presque été unanimement positive.
« Il y a peut-être aussi une autre explication à ce succès, explique Kent Caroll. Ici, aux Etats-Unis, une part de plus en plus grande des lecteurs sont des femmes qui appartiennent à des groupes de lecture ; elles envisagent la lecture comme une activité sociale…Et bien cette histoire, écrite par une femme, de deux femmes aussi exceptionnelles que différentes les a probablement plus séduites que ne l’aurait fait une histoire d’homme ! »
Ce succès a été très remarqué ici car il est inhabituel : la profusion de la production d’œuvres de fiction dans le monde anglo-saxon laissait jusqu’à présent peu de place aux auteurs des autres langues. Mais d’après Kent Caroll, cela a lentement changé au cours de ces dernières années : « Quand les lecteurs abordent une traduction aujourd’hui, ils ont un sentiment de découverte…Ils pensent qu’ils vont lire quelque chose de surprenant, d’intense…Ils étaient loin de penser cela il y a dix ans. »
Mais les critiques influents sont passés par là : ils ont apprécié cet afflux de sang neuf, ces autres façons d’envisager la narration et ils les ont fait appréciés.
Quelques gros éditeurs envisagent d’imiter cet exemple et de donner une part plus grande dans leurs publications annuelles aux traductions. Quant à Europa editions, ces responsables espèrent bien réitérer ce succès en publiant en septembre prochain « La gourmandise » de la même Muriel Barbery. Cet auteur si discret qui a souvent refusé de commenter son succès français dans les médias hexagonaux pour éviter de trop se montrer quittera, au mois de mai prochain, le Japon où elle s’est installée pour venir à New York parler de ses deux livres.
Jean-Marc Pitte depuis New York
Quand les écrivains français cherchent à s'exporter
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- Publié le mercredi 8 avril 2009 18:11
Quand les écrivains français cherchent à s’exporter aux USA
par Vanessa Gondouin Haustein
Le Festival des nouveaux écrivains français, mis sur pied par le journaliste français Olivier Barrot et le professeur de littérature française à l’université de New York Tom Bishop, a tenté en trois jours de faire découvrir aux Américains quelques auteurs français traduits en Anglais comme Bernard Henri-Levy, Frédéric Beigbeder, Marie Darrieussecq, Marjane Satrapi, Emmanuel Carrère… Vendredi 27 février, 16 heures, le grand amphithéâtre de l’Université de New York à atteint sa capacité maximale de 800 personnes. Plusieurs personnes massées à l’extérieure tentent de capter quelques bribes de la discussion qui oppose BHL au professeur en journalisme américain Mark Danner. Le public est principalement composé de francophones intellectuels, installés depuis longtemps à New York. Les autres rencontres de l’après-midi entre Jean-Philippe Toussaint et Siri Hustvedt, écrivain et femme de Paul Auster, et entre Marjane Satrapi et Chris Ware remportent un certain succès, avec pas moins de 800 personnes. « J’ai l’impression que ce festival est une raison d’espérer que la culture française n’a pas complètement disparu », lance Frédéric Beigbeder devant un auditoire composé principalement de Français. En face-à -face avec l’écrivain et journaliste américain Paul Berman, Beigbeder note avec satisfaction l’intérêt de Berman pour la France, notamment avec son ouvrage sur Mai 68 en France ‘’Cours vite, camarade ! ‘’, à la différence de cette Amérique « de moins en moins curieuse de ce qu’il se passe à l’étranger ».
Fini le temps où, dans les salons américains, on lisait Sartre, Balzac, Camus ou Duras. Désormais, c’est la littérature américaine qui est en train d’envahir le marché français. Impossible de passer à côté de Paul Auster, Philippe Roth, Tom Wolfe ou William T. Vollmann. La culture française et le rayonnement international de la France jusqu’à la première moitié du XXe siècle sont en train de disparaître peu à peu. Les nouveaux auteurs français sont de moins en moins représentés à l’étranger et le marché américain semble être passé complètement à côté des contemporains français comme Daniel Pennac, Amélie Nothomb, Anna Gavalda ou encore Jean-Christophe Grangé.
Frédéric Beigbeder note que « dans le passé, c’était extrêmement Français de montrer sa vision au reste du monde. Aujourd’hui, c’est très américain d’exporter ses valeurs au reste du monde ». « En France, on oublie souvent de contenir tout l’univers en quelques chapitres, alors que les Américains ont une vision beaucoup plus large sur le monde que la nôtre. Nous manquons d’ambition et eux, pendant ce temps, ils écrivent des livres de 900 pages dans lesquels ils contiennent le monde entier », ajoute l’écrivain français.
Traduction, et non adaptation
L’œuvre magistrale et considérable des écrivains français connaît des difficultés de traduction. Les grandes maisons d’édition étrangères privilégient l’adaptation plutôt que la traduction, plus pratique et plus rapide. Ainsi, le roman ‘’99 Francs’’ de Frédéric Beigbeder est devenu ‘’9,9 £’’, un roman dans lequel les personnages évoluent dans le monde de la nuit londonienne, avec des prénoms typiquement Britannique, dénaturant totalement l’écriture première du livre, d’un jeune publiciste dans les soirées branchées parisiennes.
Afin de faire face à cette faille, le service du livre de l’ambassade de France à New York s’attache depuis plusieurs années à développer les écrivains français aux Etats-Unis. Il s’efforce notamment de mettre en avant et de valoriser le travail de traduction. Par le passé, environ 300 titres, toutes langues confondues, étaient traduits par an aux Etats-Unis. Ce chiffre est désormais tombé à 150 par an, toutes langues confondues. En revanche, « le nombre de traductions en France d’ouvrages étrangers et notamment d’ouvrages américains, dépasse les 50 % », note Fabrice Gabriel, attaché du livre à l’ambassade de France. Très actif, le service culturel de l’ambassade organise régulièrement des tournées, des festivals afin de promouvoir les auteurs français à l’étranger. Fabrice Gabriel reconnaît que la faible pénétration des auteurs français sur le marché américain est notamment liée à la difficulté de la traduction, pour se faire l’ambassade insiste auprès des traducteurs américains à se rendre en France pour s’imprégner de la langue et de la culture française. « Le plus difficile avec la littérature française, ce sont les différences culturelles : les allusions, les idées reçues qui sont parfaitement évidentes pour les Français mais inconnues ou incompréhensibles pour les Américains », note Jordan Stump, professeur de Français à l’université du Nebraska et traducteur d’Eric Chevillard, auteur français de ‘’La nébuleuse du crabe’’ et ‘’Au plafond’’. « Comment un Chevillard américain parlerait-il ? », s’interroge le traducteur. Le plus difficile c’est de « trouver une voix américaine capable de dire ce que dit cette voix française, ce qui n’est pas évident du tout. Mais un bon écrivain rend beaucoup plus légère la tâche d’un traducteur », conclut-il.


